INTERVIEW : Le funk de Vaudou Game reste fort

Vaudou Game est de retour pour jouer entre gammes vaudou et esprit funk sur son nouvel album Noussin (« Reste fort » en français). Peter Solo et sa bande ont laissé une place de choix aux synthétiseurs alors que le confinement les a obligés à se réinventer.

RFI Musique : le son de Vaudou Game change beaucoup sur l’album Noussin. La section cuivre est quasiment absente et les synthétiseurs prennent cette place vacante. Pourquoi avoir fait ces changements ?
Peter Solo :
 On a été confiné alors qu’on était au milieu de la tournée. Chacun était chez soi. Mon batteur et mon bassiste étaient au Togo à ce moment-là ! Ils étaient partis et devaient revenir pour la suite de la tournée. J’étais avec un groupe restreint aux alentours de Lyon, là où il y a nos locaux de répétition. J’étais avec ma « garde rapprochée » et c’est avec eux qu’on a décidé de ne pas ajouter les cuivres vu qu’on enregistre dans des conditions live. Mais après, dans le choix des synthés, on a pris des Juno des années 1980 pour garder une chaleur et une énergie.

Donc ça veut dire que les cuivres ne vont pas disparaître complètement ?
Non ! Vaudou Game sans les cuivres, ce n’est pas bon. C’est très important d’avoir les cuivres puisqu’il permet d’être dans ce que l’on appelle la gamme du vaudou qui est chantée depuis des siècles et que j’ai transcrite sur les instruments modernes. Cette gamme nous a permis d’avoir une identité et d’avoir une couleur. Quand les cuivres rentrent dedans, on voit la gamme. C’est eux qui amènent les harmonies, la couleur, parce que Vaudou Game ne fait pas juste de la funk, il y a une vraie patte.

Est-ce que travailler avec ces synthétiseurs vous a donné envie de recommencer dans l’avenir ?
Je vais peut-être en remettre parce qu’on a découvert pas mal de choses avec un set comme celui-là. J’avais peur avant de faire ça, parce que j’étais assez radical : je voulais du 100% analogique, être 100% avec un groupe. J’avais peur que les claviers ne soient pas assez costauds pour apporter ce son Vaudou Game. Mais je n’ai pas été déçu et l’on a affirmé leur place dans l’album au point qu’il est partout. Après, on continuera avec plus de claviers selon la réaction du public.

Quand vous êtes allé en studio, vous pensiez juste faire quatre ou cinq morceaux et faire un EP…
Oui ! On l’avait réfléchi comme un EP au départ parce qu’on s’était dit : « Bon, le confinement va durer trois mois, on ne peut pas faire un album« . On pensait donc faire quelques morceaux pour relancer la machine alors qu’on était à mi-tournée. Donc, pendant le premier confinement qui était radical, j’écrivais à la maison. Et… il y a eu un reconfinement ! Je suis arrivé finalement à 16 morceaux. Il y avait vraiment de bons titres, donc on a été obligé de le préparer comme un successeur à Otodi [leur précédent album ndlr]. Tant mieux !

Dans le morceau Mon canapé, vous abordez la question de la consommation à outrance et de son impact sur l’environnement. C’est une thématique qui vous importe beaucoup, non ?
Oui, ça parle des gens qui veulent juste être dans leur canapé en ayant tout commandé sur Amazon ou Vinted en pensant que tout arrive tout seul. Mais en général dans Vaudou Game, nous parlons plutôt de la relation entre l’humain et la nature, parce que l’humain fait partie de cette nature. On n’est pas là pour parler de vaudou pur et dur. Il faut la protéger pour la nouvelle génération qui arrive. C’est très important que chacun fasse sa part, surtout actuellement.

D’ailleurs, le titre de l’album veut dire « Reste fort » en français. Vous l’avez choisi par rapport à la crise sanitaire que nous vivons ou à la crise écologique ?
Pour moi, cette crise sanitaire, c’est une crise écologique. Si l’on dissocie la Covid-19, des dégâts qui ont été faits auparavant à la nature, on prend un chemin qui n’est pas bon. Cette maladie provient de la nature. C’est lié à la disparition de notre écosystème. Aujourd’hui, les poissons mangent du plastique. La Covid-19 n’est pas la faute à quelqu’un en particulier, mais à nous tous. Donc on doit tous faire des efforts… et rester fort !

Beaucoup de musiciens appellent à faire des efforts à rendre aussi la musique responsable et plus écologique. Est-ce que vous en faites partie ?
Chaque artiste aujourd’hui doit faire un effort, doit parler de la nature dans ses chansons. Donc, j’invoque chaque artiste à prendre conscience, mais pas juste le temps d’un apéro. Il faut le mettre dans les chansons pour sensibiliser son public. Il faut prendre deux minutes sur scène pour parler de la nature.
Et il faut faire aussi les bons gestes : éviter les longs voyages en tour-bus. On doit réduire tout ça. Ça serait dommage de ne rien faire et ne rien dire, alors que nous, les artistes, avons la chance d’avoir du monde devant nous.

Vaudou Game Noussin (Hot Casa Records) 2021

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Par : Yann Le Ny