Louane, son adieu à l’enfance

Dans son troisième disque, Joie de vivre, la chanteuse Louane célèbre ses racines du Nord, et rend hommage à son enfance. Sur une grande diversité musicale – trap, hip hop, influences portugaises – nourries par différents producteurs et de nombreux paroliers, elle livre un disque introspectif, qui respire le bonheur, mais retrace aussi les doutes et les questionnements d’une jeune femme de 24 ans. Un opus attachant, qu’elle raconte à RFI Musique.

RFI Musique : Qu’avez-vous fait depuis votre dernier disque, sorti en 2017 ?
Louane : J’ai accouché de ma fille, en plein confinement, et surtout, j’ai pris du temps pour moi. Ce qui m’a fait du bien. Ces dernières années, j’ai été ultra-occupée. J’avais besoin de recul, de réaliser ce qui m’était arrivé, cet enchaînement fou depuis mes seize ans. Pour autant, je ne considère pas cette période comme une « thérapie ». J’avais juste dans l’idée de me recentrer, sans chercher à répondre à des questions existentielles… 

Dans quel état d’esprit avez-vous composé ce disque ?
De façon naturelle. Et, en même temps, plus j’avançais dans le processus de création, plus je me rendais compte que cet album était ultra personnel, très introspectif. 

Pour votre pochette de disque, vous avez fait appel à l’éminent photographe britannique, Martin Parr… Pourquoi ?
Quand on a réfléchi à l’esthétique de l’album, il m’est vite venu à l’idée de travailler avec cet artiste que j’admire depuis l’adolescence. J’adore sa capacité à mélanger authenticité et humour. Sans être la fille la plus drôle de la terre, j’incarne, je pense, ce décalage entre une extrême sincérité et une façon de la transcender par l’art… Du coup, on lui a envoyé un mail, persuadé qu’il ne répondrait pas. Et, au final, je suis la première pochette de disque qu’il réalise !

Sa photo vous montre, boudeuse, devant un club enfant, nommé La Joie de vivre sur la plage du Touquet. Vous tournez aussi votre clip, Poésie indécise, à la piscine de Roubaix… Une façon de rendre hommage à vos racines, le Nord ?
Oui, bien sûr ! Pour moi, cette plage du Touquet symbolise mon enfance. J’aime ces plages du nord, leurs immenses étendues de sable, très belles, mais sous-cotées parce que la mer y est froide. S’y organisent des concours de cerfs-volants et aussi l’enduro, ces courses de moto, sur la côte d’Opale… Quant à ce club enfant, La Joie de vivre, le propriétaire fouille actuellement ses archives pour rechercher si je le fréquentais, petite. De façon générale, mes racines dans le Nord restent essentielles, car dans ce disque, j’évoque tout ce que j’ai pu vivre avant de faire de la musique professionnellement. J’y retourne régulièrement. Deux de mes sœurs y vivent encore…

Ce disque résonne comme un hommage à votre enfance…
Oui, c’était ma façon de tourner la page. Tout est allé vite, et le fait d’avoir eu une petite fille a accéléré le processus. En fait, je mène plus ou moins une vie d’adulte depuis longtemps ! Une vie d’adulte, c’est avoir son propre appartement, s’assumer financièrement, gérer ses impôts, bref, toutes les responsabilités que nos parents assumaient pour nous !

Sur ce disque, vous vous entourez de nombreux producteurs – El Guincho, P3gaze –, de paroliers – Adélaïde Chabannes, Damso –, vous invitez un autre chanteur, Soolking… Il y a du monde pour un disque aussi introspectif ! 
En fait, j’ai toujours procédé ainsi. Je travaille toujours sur une grosse moitié du disque – je ne me pense pas encore capable d’en assumer l’entière création – mais je me montre directive ! J’aime la variété, l’idée de ne pas m’enfermer dans un seul univers. Pour mes titres les plus personnels, j’ai confié mes émotions à mes paroliers. Par exemple, j’ai passé une nuit entière à parler de ma vie avec Damso pour Donne-moi ton cœur. Au final, je fais de la musique pour cela : pour être entourée et partager… Loin de l’attitude de l’artiste maudit, perdu dans sa solitude ! 

Dans 3919, vous parlez de la condition des femmes battues… Un sujet qui vous tient à cœur ?
La condition des femmes en général me tient à cœur. Et en 2020, je trouve surréaliste qu’il y ait encore des problèmes de femmes battues. Je suis complètement féministe, et même si les situations évoluent, il reste encore beaucoup de progrès à accomplir ! 

Dans votre titre Mademoiselle tout le monde, vous assumez votre entière normalité ?
Oui ! Avant d’être quoi que ce soit, je suis humaine ! Il s’agit d’un album d’émotions, de sentiments et, à ce titre, je pense qu’ils peuvent être partagés par nous toutes. 

Dans À l’autre, vous abordez la parentalité… Une peur ?
Oui, j’y explique mes doutes, mes craintes, face au fait d’être devenue mère. C’est légitime et humain…

Écrire des chansons, c’est une façon de résoudre vos montagnes russes émotionnelles ?
C’est évident : écrire et chanter permet de se poser les bonnes questions. En un sens, je pense que ça me permet d’avancer dans la vie.

Ressentez-vous complètement de la joie de vivre ?
Ça dépend des jours et des moments. Parfois, je suis submergée par le bonheur. Et parfois par la peine. Sur la pochette du disque, je tire la tronche… C’est un peu ce paradoxe, cette oscillation permanente entre la joie et ses opposés… La vie ! 

Louane Joie de vivre (Barclay) 2020
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Par : Anne-Laure Lemancel