La « success story » du Tanzanien Diamond Platnumz

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Mégastar panafricaine, le Tanzanien Diamond Platnumz, l’un des hommes les plus riches d’Afrique, cumule tous les records. Nous l’avons rencontré lors d’une conférence de presse expéditive et rocambolesque, à l’occasion du Femua, à Abidjan, en mai dernier.

Nous étions prévenus. Devant l’affluence des sollicitations, la méga-star tanzanienne au pseudo rutilant, Diamond Platnumz n’accorderait aucune interview en tête-à-tête, lors du Femua, à Abidjan. Il faudra se contenter d’une conférence de presse à l’hôtel Pullman.

Une heure avant le rendez-vous, branle-bas de combat : le chanteur modifie le lieu. L’adresse nous sera divulguée via WhatsApp. Direction un quartier chic de la capitale ivoirienne. Et une villa luxueuse, immense, quasi déserte, plombée par la chaleur, où séjourne l’artiste avec son staff.

La grosse vingtaine de journalistes se mobilise pour l’organisation : chaises placées en rang d’oignon, caméras au garde à vous, petite table où s’alignent les NAGRA… Patience. Après plusieurs dizaines de minutes, les hommes de main de Diamond, pour l’instant aux abonnés absents, nous indiquent que le lieu retenu n’est pas à leur goût. Et désignent la terrasse.

Une cohorte de journalistes, en file indienne, portent les chaises sur deux étages. Après plusieurs essais d’orientation de l’installation, selon le sens du vent, de la lumière et du cadre, la conférence peut enfin commencer. Lorsque Platnumz sera là… Car la star se fait désirer. Parmi les journalistes, la tension monte… En attendant Diamond. 

Jamais sans mon jet

Après une heure, alors que le désespoir plombe les troupes, le voici qui apparaît, sans mots d’excuse, casquette rouge vissée sur la tête, sourire plein de grillz, retranché derrière ses lunettes noires, avec à chaque doigt, des bagues, dont la valeur cumule plusieurs centaines de milliers de dollars. Dans son dos, un garde du corps, tout de noir vêtu, à l’imposante carrure.

Alors, voilà à quoi ressemble, de près, la superstar, l’un des hommes les plus riches d’Afrique, qui défie tous les records. En vrac, le bling-bling Diamond, 32 ans, atteint plus d’un milliard de vues vidéo, exhibe des colliers à 50 000 dollars, dont il affiche le prix sur les réseaux sociaux, s’est acheté une Roll’s Royce Phantome et des villas de luxe, est père de quatre – ou six – enfants…

Véritable businessman, il a signé des contrats juteux de plusieurs milliards de dollars avec ItelAfrica, Pepsi ou Uber, et possède une myriade d’entreprises, dont sa chaîne de télévision Wasafi TV et sa société de production, Zoom Extra. Mais ce qui intéresse le plus les journalistes ici présents reste l’acquisition récente de son jet privé à quatre millions de dollars. Au micro, la star se justifie : « Je dois voler chaque semaine, parfois dans trois pays différents, avec un staff hyper fourni… Imaginez les dépenses ! Alors, avec mon jet, j’économise de l’argent… »

Son épopée, pourtant, ne démarre pas exactement dans l’opulence. Diamond Platnumz naît Naseeb Abdul Juma à Dar-Es-Salaam, Tanzanie. Après une enfance modeste auprès de sa mère Mama Dangote, qu’il cite comme source d’inspiration, il s’essaye à plusieurs petits boulots : vendeur de fripes, pompiste dans une station essence, etc.

En parallèle, il forge sa musique, son bongo flava, en anglais et swahili, un style né dans les années 1990 en Tanzanie, qui mêle, en un cocktail sucré-doucereux, des influences hip hop, r’n’b, dancehall, mixé à des sons traditionnels du pays, comme le taarab ou le dansi. Parmi ses tubes, figure notamment Waah !, chanté en duo avec le Congolais Koffi Olomidé.

Une « personne normale »

Fan de rumba congolaise, Diamond a collaboré avec Innoss’B, mais aussi avec de nombreux artistes des quatre coins du continent. De sa carrière, l’homme possède une vision panafricaine, et se veut un exemple pour les générations futures. « Depuis l’enfance, j’adore la musique, dit-il. Hélas, on ne prenait pas les sons de notre continent au sérieux ! Du coup, je voulais absolument figurer parmi ces artistes qui incarnent l’Afrique et suscitent l’espoir. Malgré des erreurs de parcours, j’espère servir d’exemple aux jeunes, qu’ils apprennent de moi, qu’ils se servent de mon expérience. Je tâche de représenter au mieux notre culture, notre musique, nos modes de vie… Et d’utiliser mon image de manière positive. »

Le chanteur a conscience que sa notoriété sur les réseaux (6,8 millions d’abonnés sur Facebook, 1,3 sur Instagram) lui confère de lourdes responsabilités. « Tous tes followers suivent ce que tu fais à la lettre… Si tu agis de la mauvaise manière, tu entraînes tout ton continent sur la mauvaise pente, explique-t-il. J’essaie de me conduire bien. Je travaille dur. Musulman, je prie énormément. La plupart du temps, je ne bois pas d’alcool et ne fume pas. J’essaie de rester humble, de ne pas abandonner ma famille, et surtout pas ma mère… Je suis, somme toute, une personne normale. »

Sa success story, il la résume en une poignée de mots : « À quoi bon rester assis, à attendre le bon-vouloir des politiciens ? Je peux tout réaliser par mes propres moyens. Je n’ai pas besoin d’être président ou sénateur pour diffuser ma musique ! »

De façon concrète, Diamond donne de l’argent à des associations caritatives dans son pays, soutient des artistes émergents, etc. Et c’est bien tout ce florilège de messages positifs qu’il balance, depuis la grande scène du Femua, au gré d’un show millimétré, aux chorégraphies efficaces, à son parterre de fans survoltés de 5h00 du matin.

Après vingt minutes d’interview, une voix de basse retentit, sans négociation possible. Celle du bodyguard : « Last question ». La séance est levée. Un individu présent depuis le début de la conférence, identifié par les journalistes comme un gars du staff, et par les gars du staff comme un journaliste, se jette aux pieds de la star, lui baise les genoux, pleure, en le remerciant d’exister. Après un mouvement de recul, Diamond relève ce fan infiltré et l’embrasse comme un frère pour l’apaiser. Puis l’artiste disparaît, escorté par ses hommes. La villa de luxe a retrouvé son calme… 

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Par : Anne-Laure Lemancel

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