INTERVIEW Klô Pelgag et le paysage imaginaire de « Notre-Dame-des-Sept-Douleurs

Saluée pour ses chansons inventives et son effervescence sur scène, l’audacieuse Klô Pelgag a lancé son troisième album le 26 juin. Nouvellement mère, et fraîchement trentenaire, l’artiste québécoise revient sur les circonstances de création de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, baptisé d’après un village de sa Gaspésie natale.

RFI Musique : Initialement prévue en mars, la parution a été fortement retardée par la pandémie. Cette période de « recul » forcé a-t-elle transformé votre rapport aux chansons qui paraissent ces jours-ci ?
Klô Pelgag : Je suis encore super fière et je me sens très près de ces pièces-là. Je n’ai jamais été aussi consciente de ce que je faisais au moment de le faire, et là j’ai surtout très hâte de monter sur scène. On montait le spectacle quand l’épidémie s’est déclenchée, et ça a complètement interrompu notre lancée. Mais comme j’ai un bébé de 4 mois, ça m’a au moins permis de passer plein de temps avec elle !

Vous avez déclaré que Notre-Dame-des-Sept-Douleurs était né d’une période de surmenage… est-ce difficile d’y replonger ?
Cet état a duré près de deux ans, et je m’en souviens comme si c’était hier. Je le ressens d’ailleurs encore quand j’entends ou je joue les chansons, ça me propulse vers cette période. C’était du surmenage, mais aussi des difficultés relationnelles… Je suis vraiment contente du chemin parcouru depuis l’an dernier, de ce que j’ai réussi à construire avec ma peine. L’art, c’est là pour ça : tu peux transformer des choses dégueulasses, des sentiments difficiles et de la souffrance en quelque chose de grand et de beau, à la limite du magique. Je me guérissais en faisant cet album. Je partais vraiment de zéro. C’était un sentiment assez vertigineux, mais extraordinaire en même temps ! Ne pas savoir où on va, avec le désir de se réinventer ou de se déjouer soi-même.

Vous êtes pourtant reconnue pour votre capacité de surprendre, sur album et en live…
Je ne sais pas si le public a des attentes à ce niveau, mais je peux vous dire que je suis plus exigeante envers moi-même que les autres ne pourront jamais l’être. Notre-Dame-des-Sept-Douleurs est vraiment différent de tout ce que j’ai fait avant. Toutes les chansons étaient nouvelles, écrites dans un laps de temps condensé. Comme la sortie d’album a été reportée, nous avons décidé d’adopter plutôt une démarche de singles. Et la réaction des gens est vraiment bonne. Ils sont peut-être prêts à être surpris ! (rires)

Comment décririez-vous la relation que vous avez bâtie avec eux depuis L’Alchimie des monstres ?
Je suis une fille très familiale dans la vie ! J’aime les petits groupes de gens, être près d’eux, prendre soin de tout le monde… Je pense qu’il y a une partie de moi qui essaie de transposer ça dans ma carrière avec mon public. Je n’ai jamais été « à la mode » : ma relation avec mon public est une amitié progressive, construite à long terme.

L’album a été précédé d’un court documentaire qui en explique la genèse. D’où provient cette idée ?
Au départ, c’était seulement un texte que j’avais écrit pour le livret du disque. J’avais aussi pensé à des lyrics vidéo pour accompagner mes chansons. Ado, quand j’écoutais des albums, je lisais souvent les paroles en même temps. Ça crée un rapport différent avec la chanson. Après, j’ai eu l’idée un peu abstraite de tourner un mini-documentaire. Le réalisateur, Baz, en a construit la trame et a utilisé mon texte pour la narration. J’étais sur le point d’accoucher quand ça a été tourné ! Ce qu’il a fait est plus beau que tout ce que j’aurais pu imaginer.

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, c’est un village réel… mais c’est aussi un lieu imaginaire. Était-ce une inspiration avant même de commencer l’album ?
C’est un lieu réel et un lieu inventé qui se chevauchent. Comme une trame qui s’est construite avec ma vie. Parce que Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, ça provient de mon enfance. J’ai bâti, donné un sens qui relie tout ça à l’âge de 29 ans. C’est super intime. Je marchais souvent avec ce nom dans ma tête. Puis, ça s’est imposé comme le titre de l’album, j’ai écrit l’introduction et la conclusion en y pensant. Plus ça avançait, plus ça se précisait. C’est le concept, le fil conducteur – le leitmotiv de l’œuvre.

Comment vos techniques de composition évoluent-elles, d’album en album ?
Ça se fait assez naturellement, sauf que pour le dernier album, je me suis mieux équipée. J’avais un lieu de création, plus de matériel pour m’enregistrer moi-même. J’ai dû travailler ma patience pour bien comprendre les programmes, faire mes arrangements et utiliser les synthétiseurs. Par exemple, Où vas-tu quand tu dors n’aurait jamais pu être créée au piano : la technique de composition est plus complexe que ce que je fais habituellement, en tant qu’autodidacte.

Avec qui avez-vous travaillé ?
Avec Sylvain Deschamps, François Zaïdan, Étienne Dupré et Pete Pételle. C’était un match parfait ! Il faut dire qu’on avait vraiment le contexte idéal, dans un studio isolé en campagne. C’est un peu drôle parce qu’en commençant l’album, je ne voulais absolument pas de cordes, mais finalement j’ai cessé de me battre ! (rires) J’ai aussi eu envie d’une collaboration, chose que je fais rarement. J’ai pensé à Owen Pallet parce que j’écoutais beaucoup ses derniers albums. J’aimais l’idée qu’il ne me connaisse pas et vienne d’une scène musicale complètement différente. Tout le monde m’a dit qu’il n’aurait pas le temps, mais il a accepté! J’ai écrit la chanson J’ai les cheveux longs assez rapidement. On a tout enregistré avec le groupe, et Owen s’est occupé des arrangements de cordes ensuite.

Les chansons naîtront bientôt sur album, mais il restera une autre naissance… sur scène. Lesquelles avez-vous le plus hâte de jouer live ?
Je dirais Mélamine et Où vas-tu quand tu dors… mais c’est toujours un peu difficile à dire parce tu ne sais jamais laquelle va venir te chercher le plus. La réaction du public dans la salle a une grande influence. Ça me manque, on dirait que ça fait mille ans ! (rires) Quand on a terminé la tournée de L’étoile thoracique, les chansons avaient vraiment évolué depuis la version sur album. C’est comme si on continuait de créer en continu, bien après la parution. Je m’attends à ce que ça nous arrive encore !

Klô Pelgag Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (Secret City) 2020
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