Interview exclusive du secrétaire permanent de la réforme administrative

Interview exclusive de Chancel AKO Takem, secrétaire permanent de la réforme administrative

Le Cameroun franchit une étape dans la modernisation et l’informatisation de la gestion de la carrière et de la solde des 300 000 agents de l’État. Pionnier en Afrique dans ce domaine – il s’est lancé en 1993 –, le pays met actuellement en place un nouveau système informatique qui sera prêt fin 2015. Chancel Ako Takem, secrétaire permanent de la réforme administrative au Cameroun, en parle dans une interview exclusive à Acteurs publics.

Depuis le 12 mars dernier, le Cameroun déploie une nouvelle version du Système informatique de gestion intégrée des personnels de l’État et de la solde, Sigipes II, qui repose sur une seule base de données. En octobre 2015, si le calendrier est respecté, cette application informatique unique gérera les 300 000 personnes émargeant dans le budget de l’État. Sigipes II succédera alors à deux systèmes informatiques mis en place à partir de 1993, l’un pour gérer la carrière des agents de l’État (Sigipes), l’autre pour traiter leur solde (Antilope).

Deux ministères sont à la manœuvre : celui des Finances, avec notamment Jeanine Tsafack, ancienne directrice de la solde aujourd’hui conseillère du ministre. Et le ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative. Au cœur de la modernisation de l’État camerounais, le secrétariat permanent à la réforme administrative, dirigé depuis deux ans par Chancel Ako Takem, qui a accordé une interview exclusive à Acteurs publics.
Comment l’idée de créer le Système informatique de gestion intégrée des personnels de l’État et de la solde (Sigipes) est-elle née ?
Merci de me donner l’opportunité de parler du Système informatique de gestion intégrée des personnels de l’État et de la solde (Sigipes). C’est le socle informatique de la réforme de la déconcentration de la gestion des personnels de l’État qui, en elle-même, consiste à transférer à chaque ministère une partie des compétences actuellement exercées par le ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative, pour la gestion des carrières, et par le ministère des Finances, pour le traitement de la solde.
Les ressources humaines de l’État du Cameroun sont actuellement gérées par deux applications informatiques : Sigipes gère les carrières des agents publics, tandis que l’Application nationale pour le traitement informatique et logique du personnel de l’État (Antilope) s’occupe de leur solde.

Pour revenir à Sigipes, il a été initié depuis les années 1993-1994, lors de l’exécution des Programmes d’ajustement structurel (PAS), comme un instrument de gestion des ressources humaines de l’État, mis en place en vue de maîtriser les effectifs de la fonction publique camerounaise et la masse salariale.

Ce système s’intègre-t-il dans le programme général de la “gestion axée sur les résultats” de la fonction publique camerounaise ?
Je répondrai par l’affirmative car l’automatisation de la gestion des ressources humaines s’intègre dans la gestion axée sur les résultats (GAR). L’optimisation du processus de GAR nous a permis de mettre l’accent sur la qualité des services rendus au citoyen-client à travers de nombreux outils de simplification du travail : l’utilisation optimale des ressources et la transparence, l’imputabilité et la reddition des comptes à travers de nombreuses actions menées par les institutions de contrôle et de transparence. Les résultats obtenus par Sigipes sont palpables. Ce qui fait qu’à travers cette application, on passe d’une logique de moyens à une logique des résultats.

Comment vous êtes-vous organisés ?
Le Premier ministre a créé en 2000 un comité interministériel chargé de la coordination et du suivi du projet Sigipes. Coprésidé par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative et le ministre des Finances, ce comité dispose d’une équipe opérationnelle constituée de gestionnaires de carrière et d’informaticiens. Sigipes regroupe toutes les compétences nécessaires pour la bonne marche de ce projet.

Avez-vous réalisé ces développements en interne ou en recourant à des cabinets conseils ?
Le développement de l’application Sigipes a été confié à un cabinet local, à savoir CGICOM qui, en 2005, a rétrocédé les codes sources à l’État qui, depuis lors, assure la maintenance corrective et évolutive.

Toutes les administrations utilisent-elles Sigipes ?
Hormis les personnels militaires et les magistrats, tous les autres personnels de l’État en activité, tous les personnels admis à faire valoir leur droit à la retraite, ainsi que les ayants droit des agents de l’État décédés sont gérés dans l’application Sigipes. À ce jour, sur 37 administrations, Sigipes est fonctionnel dans 35, soit plus de 300 000 salariés pris en charge.

En quoi Sigipes est-il novateur ?
Avant la mise en service de Sigipes, la gestion des carrières des agents publics était manuelle, ce qui rallongeait les délais de traitement des actes de carrière. Sigipes est venu révolutionner le traitement de certaines tâches en les automatisant. Cette gestion a non seulement raccourci les délais de traitement, mais elle a aussi facilité le travail des gestionnaires de carrière. Sur le plan purement fonctionnel, Sigipes permet la prise en charge de tous les actes de gestion administrative de la carrière du personnel de l’administration et leur enregistrement.

Quelles sont les économies mesurées ?
Sigipes apporte des gains multiples. Gain en temps de travail, gain en temps d’informations à transmettre à l’agent public, gain en utilisation du matériel de bureau, pour ne citer que ceux-là.

Comme rien n’est jamais parfait, quelles sont les failles du système ? Est-ce ce qui a conduit à lancer Sigipes II ?
Les applications Sigipes et Antilope ont constitué, pendant des décennies, l’objet de la satisfaction de notre administration. Il se trouve qu’entretemps, la technologie a évolué et ces deux applications, encore en vigueur, sont devenues caduques, avec l’évolution des procédures et l’augmentation des effectifs de notre administration. C’est dans ce sens que le gouvernement camerounais, en 2010, et sur financement de la Banque mondiale, à travers le Projet de renforcement des capacités en matière de transparence et de contrôle dans la gestion des ressources publiques (PRCTC), a commandé un audit du système de gestion des ressources humaines. Cet audit a laissé apparaître des dysfonctionnements que nous comptons résorber par l’acquisition d’une nouvelle application.

Vous implémentez actuellement Sigipes II. Quelles sont les évolutions ? Et quand ce système sera-t-il opérationnel ?
Les audits informatiques ont tous démontré l’urgence et la nécessité pour l’État de se doter d’un nouveau système d’information intégré. Le souci constant du gouvernement de satisfaire ses citoyens, à travers un service de qualité, justifie le choix de l’acquisition d’une nouvelle application unique de gestion intégrée de nos ressources humaines, nommée Sigipes II. Il s’agit concrètement de disposer d’une seule application qui gère à la fois la carrière des agents publics et la solde subséquente à partir d’une seule base de données, et non plus de deux applications avec deux bases de données, comme c’est le cas actuellement avec Antilope et Sigipes.
Par ailleurs, avec l’appui du Fonds européen de développement (FED) de l’Union européenne, le nouveau système est en cours de déploiement. Le lancement officiel du projet a eu lieu le 12 mars dernier. Cette nouvelle application devrait prendre en charge et de manière intégrée la carrière et la solde de l’ensemble des personnels et agents des départements ministériels, indépendamment de leur statut, catégorie, grade ou corps d’appartenance. Prévue pour durer vingt-quatre mois, la phase de réalisation devrait s’achever en octobre 2015.

Le succès de la mise en place du système a dépassé vos frontières. Des pays sont-ils venus vous solliciter pour comprendre le système, voire l’adapter ?
Le succès engrangé par Sigipes n’est plus à démontrer. Les efforts fournis par l’administration publique en ce sens ont été reconnus par les Nations unies, qui ont décerné au Cameroun le prix d’excellence pour la qualité du service public, le 23 juin 2004 à New York. Et nous avons reçu les sollicitations de pays frères de l’Afrique centrale et de l’Ouest pour un partage de nos bonnes pratiques dans la gestion des agents publics : Niger, Burkina Faso, Gabon.
Pour ce qui est du projet Sigipes II, il s’agit de l’engagement du Cameroun à disposer d’une application informatique unique qui gèrera tous les personnels émargeant dans le budget de l’État. Il nous revient d’ailleurs que ce projet en cours d’implémentation est suivi par plusieurs pays d’Afrique résolus à améliorer la qualité de leur service public.

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