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GRAND ANGLE Joe Dassin : dix chansons pour comprendre - lomebougeinfo

GRAND ANGLE Joe Dassin : dix chansons pour comprendre

À sa mort, le 20 août 1980, Joe Dassin a déjà vendu plus de cinquante millions de disques avec ses seize albums et quarante-six 45 tours parus à partir de 1965. D’une implacable régularité, il ne laisse pas passer une année sans grand succès populaire. Il semble avoir trouvé la formule géniale d’une variété à la fois légère et élégante, aussi à l’aise sur un plateau de Marie et Gilbert Carpentier qu’héritière de l’extrême exigence de Georges Brassens.

Compositeur, adaptateur, auteur, interprète, c’est aussi un des plus sûrs flairs de son époque pour repérer ce qui peut séduire le public en France, mais aussi bien au-delà, puisqu’il enregistrera en espagnol, italien, grec, japonais, allemand et anglais. Si, quarante ans après sa mort, il est toujours écouté par le public et respecté par ses pairs, c’est aussi parce que, sous le sourire des pochettes de disques, il y a l’énorme travail d’un perfectionniste du plaisir.

Retour sur une carrière et sur une méthode en dix succès particulièrement significatifs.

Les Dalton (1967) : Ce n’est pas le premier 45 tours de Joe Dassin, qui a déjà fait entendre Bip bip , une version française de Guantanamera et Excuse-me Lady sur les radios. Mais c’est un tournant décisif: sur une mélodie traditionnelle américaine, il a écrit avec Jean-Michel Rivat et Frank Thomas une chanson très drôle sur les quatre criminels de l’Ouest popularisés en France par les albums de Lucky Luke. Elle est destinée à Henri Salvador mais le directeur artistique de Joe Dassin exige qu’il la garde pour lui (et il fera même la voix du shérif au début de la chanson). Bonne idée: Les Dalton est le premier succès commercial notable du chanteur. Et sa dernière chanson comique.

Marie-Jeanne (1967) : Comme des millions d’Américains, Dassin est envouté par Ode to Billie Joe de Bobbie Gentry. Il demande à Rivat et Thomas de transposer cette histoire du Sud des États-Unis dans le terroir français, avec deux fils d’agriculteurs qui rentrent déjeuner: « Et notre mère a crié de la cuisine: ‘Essuyez vos pieds sur l’paillasson’ / Puis elle nous dit qu’elle avait des nouvelles de Bourg-les-Essonnes / Ce matin Marie-Jeanne Guillaume s’est jetée du pont de la Garonne. » Cette tragédie ordinaire n’horrifie pas que dans la France rurale…

Siffler sur la colline (1968) : Comme Georges Brassens avec Brave Margot, Joe Dassin va puiser dans un décor et une galerie de personnages hors du temps et de l’espace, mais qui semblent familiers à tous les Français. Pourtant, Siffler sur la colline est à l’origine une chanson italienne. Cette histoire de foire du village et de jolie fille insolente, sortie peu avant les grands tumultes, sera un élément de la bande originale des événements de Mai 68.

Les Champs-Élysées (1969) : La chanson Waterloo Road du groupe Jason Crest évoque une avenue de Londres? Le parolier Pierre Delanoë ne cherche pas longtemps un équivalent sur le plan de Paris. Énorme succès en France et connue en français par tous les touristes du monde, elle sera aussi enregistrée par Joe Dassin dans plusieurs versions destinées à l’exportation: « Sonne scheint, Regen rinnt / Ganz egal, wir beide sind / So froh wenn wir uns wiedersehen / Oh Champs-Élysées. »

L’Amérique (1970) : Les jeunes Français, Belges, Suisses, Africains, Maghrébins ou Asiatiques de langue française oublient volontiers que Joe Dassin est citoyen américain quand il chante « L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai », et que l’on est prêt à prendre l’avion avec un aller simple. Pourtant, la plus grosse vente de 45 tours de 1970 en France est un paradoxe : la mélodie de L’Amérique est celle de Yellow River, tube anglais du groupe Christie.

La Fleur aux dents (1971) : Pour son parolier Claude Lemesle, c’est un calvaire: Joe Dassin fait reprendre, corriger, réécrire encore les paroles sur une mélodie enjouée qu’il a composée. Il faut deux pleins cahiers de versions successives pour parvenir à la perfection de La Fleur aux dents: « Il y a des filles dont on rêve / Et celles avec qui l’on dort / Il y a des filles qu’on regrette / Et celles qui laissent des remords / Il y a des filles que l’on aime / Et celles qu’on aurait pu aimer / Puis un jour il y a la femme / Qu’on attendait. » Deuxième meilleure vente de 45 tours de l’année 1971…

La Complainte de l’heure de pointe (1972) : Pour les Allemands, le refrain dit enregistré pour eux par Joe Dassin dit « In Paris ring suhmer, da ist überall Verkher », alors que, pour nous, c’est « Dans Paris à vélo on dépasse les autos ». Cet hymne prophétique de la vélorution qui surviendra presque cinquante ans plus tard est pourtant l’adaptation française de La Di Li, La Di Lo, chanson de l’artiste allemand Jeremias.

Taka takata (1972) : Un refrain simplissime: « Taka takata kata kata kata / J’entends mon cœur qui bat / Taka takata kata kata kata / Au rythme de ses pas. » Mais les couplets sont ciselés comme une poésie du XIXe siècle par Claude Lemesle: « On s’était enlacés sous l’oranger / Mais la dueña dont c’était le métier / Criait ‘vengeance, aux arènes!’ / Le matador trompé / Surgit de l’ombre et s’avance / Moi, sur mon oranger / J’essaie de faire l’orange. »

Salut les amoureux (1972) : Toujours Claude Lemesle qui, à partir de City of New Orleans, chanson country à la gloire d’un train traversant les États-Unis, décrit les « adieux qui quelquefois se passent un peu trop bien ». Une nouvelle fois, Joe Dassin pose sa voix sur une chanson intemporelle mais moderne, tout à fait dans l’air du temps des seventies en restant enracinée à jamais dans la mémoire francophone.

L’Été indien (1975): L’adaptation d’une chanson italienne en anglais, Africa de Toto Cutugno. Delanoë et Lemesle la transportent à la fin de l’été en Amérique du Nord, dans la tiédeur qui retarde l’arrivée de l’automne. Ce slow qui promet que tout sera comme « il y a un an, il y a un siècle » et que « l’on s’aimera encore lorsque l’amour sera mort » agit comme un anesthésiant bienfaisant dans la France percutée par la crise économique, le début de la désindustrialisation galopante et le chômage de masse – un million d’emplois perdus en un an! Le symbole des années Dassin, dans lesquelles des chansons d’apparence légère entrent en résonnance avec l’évolution de la société.Par : Bertrand Dicale