En Irak, le nouvel élan du Pape pour le dialogue interreligieux

Le dialogue interreligieux et la «fraternité humaine» tels que François les conçoit sont deux concepts-clés de ce 33ème voyage apostolique en Irak. Samedi 6 mars, jour 2, le Saint-Père rencontrera à huis-clos dans la ville sainte de Najaf la plus haute autorité religieuse chiite, l’ayatollah Ali Al-Sistani. Cet échange historique sera suivi d’une rencontre interreligieuse à Ur au milieu «des plaines d’Abraham».

Delphine Allaire – Cité du Vatican 

La rencontre prévue entre le Pape François et l’ayatollah Ali Al-Sistani est d’un symbole indiscutable pour tous les Irakiens. Selon le frère Amir Jajé, dominicain irakien, spécialiste du chiisme, elle va incontestablement encourager le «vivre-ensemble» entre musulmans chiites et sunnites, de même qu’entre confessions, islam, christianisme, yazidis ou encore sabéens.

Renforcer l’interreligieux local

«Voir le chef suprême religieux des Irakiens avec le chef de l’Église catholique est tellement important, particulièrement pour le clergé chiite», insiste ce membre du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. En effet, il reste beaucoup à faire sur le terrain interreligieux dans ce pays martyrisé par des décennies de guerre. LIRE AUSSI04/03/2021

Le message du Pape François aux Irakiens à la veille de son départ

Frère Amir Jajé, qui a cofondé en 2010 le Conseil irakien pour le dialogue interreligieux, se souvient d’années de coexistence très difficiles pendant la guerre civile. «Certains membres du clergé avaient des discours de haine, de provocation. Des années vraiment noires», regrette-t-il avec amertume.

Pourtant jusqu’en 2013beaucoup d’initiatives communes avaient été conduites comme des programmes de citoyenneté, de dialogue, de prière. Mais l’arrivée de Daech en 2014 «a tout détruit sur son passage», déchirant le tissu social irakien «et avec lui tous les efforts de dialogue interreligieux», déplore aujourd’hui le dominicain. 

La bonne image du Pape en Irak

Au regard d’un tel passé, cette visite du Pape et la rencontre avec Ali Al-Sistani se présente comme un élan «vers la paix, la réconciliation, le vivre-ensemble». Frère Amir en attend beaucoup pour perpétuer et réparer le dialogue interreligieux au niveau local. Les motifs d’espérer sont tangibles. Selon le dominicain, «les Irakiens aiment beaucoup le Pape François. Il est perçu comme ouvert, aimant les musulmans»«Ce facteur-là est très important pour la réconciliation et la paix», ajoute-t-il.