Avec Céline Banza, un autre Congo

Lauréate 2019 du Prix Découvertes RFI, la jeune chanteuse congolaise Céline Banza propose un premier album acoustique intitulé Praefatio, tout en émotion brute et en contraste avec les stéréotypes qui collent à la musique de son pays.

Au Burkina Faso, ce 9 janvier, Céline Banza vient de reprendre sur le continent africain le fil de sa tournée interrompue en avril dernier pour cause de pandémie après seulement quelques concerts qui l’avaient menée jusque sur les îles de l’océan Indien.

L’expérience avait été de courte durée mais l’enchaînement des prestations dans des pays différents lui avait déjà permis de découvrir que la vie de musicien, dans le monde réel, ne correspond pas tout à fait à ce qu’elle imaginait. « J’ai vite compris qu’il fallait que je garde mon énergie pour la scène », concède-t-elle.

Entre temps, la jeune artiste de 23 ans, qui a reçu son prix à Kinshasa en décembre dernier et joué à cette occasion devant ses compatriotes, a passé du temps en studio dans la capitale de la RDC pour regrouper certaines de ses chansons au sein de Praefatio, intitulé ainsi en souvenir de ses études de latin. Une préface, donc, comme pour introduire à son univers, avant d’en présenter d’autres chapitres à l’avenir.

« Cet album a été écrit et composé pendant presque cinq ans (ou bien est-ce depuis toujours ?) », écrit-elle sur sa page Facebook, même si elle reconnait que ses morceaux les plus anciens ont été laissés de côté, pour préserver une forme d’unité de temps dans son inspiration, qui correspond à ses dernières années dans la mégapole congolaise.

La musique ou rien

Durant cette phase, elle est passée du rêve à la réalité. S’est donné les moyens de concrétiser ses envies profondes, vitales. Sa détermination ne fait aucun doute. « C’était la musique ou rien », répète souvent celle qui a été très tôt orpheline. En riant, elle raconte comment elle a pris dans la poche de son « papa » adoptif Antoine Ndongala, responsable du studio Kabako à Kinsangani (et fils du fondateur du groupe Singa Mwambe), les dollars nécessaires pour se rendre en avion à Kin avant de lui laisser une lettre pour lui expliquer son départ.

Inscrite à l’Institut national des arts, elle y apprend la guitare classique (« Je n’étais pas trop fan, je voulais jouer des chansons »), obtient son diplôme d’ethnomusicologue et évolue dans le milieu artistique, toutes disciplines confondues – dans l’esprit de ce qu’elle avait connu à Kisangani, entourée de chorégraphes et de rappeurs en guise de famille reconstituée.

Après son passage en 2017 dans l’émission The Voice Afrique francophone, où elle intègre l’équipe coachée par A’Salfo de Magic System, elle joue le rôle principal dans le court métrage Tamuzi, puis est sollicitée par Fabrice Mukala pour composer une chanson destinée à accompagner sa pièce de théâtre Trois femmes en colère. Céline, à la lecture du scenario, écrit Tere Mbi. Avec sa seule guitare, elle chante entre colère et tristesse ce texte qui évoque le corps des femmes en tant que limite, vis-à-vis des hommes comme vis-à-vis d’elles-mêmes.

C’est aussi un des morceaux qu’elle choisit d’enregistrer en 2019 pour postuler au concours Prix Découvertes RFI, auquel elle a commencé à s’intéresser en discutant avec la chanteuse malgache Kristel, de passage en RDC, puis avec Yvan Buravan, lauréat de l’édition 2018.

Afro-folk minimaliste

Chez elle, la chanson ne passe pas inaperçue. Alors que la musique congolaise souffre d’une forme de formatage, Céline s’affranchit de ces pesanteurs, y compris sur le plan visuel, n’hésitant pas à tourner son clip dans le Kinshasa réel et non dans un décor au luxe fantasmé.

Son afro-folk minimaliste n’a pas besoin de fioritures superflues. Praefatio s’inscrit dans cette même perspective : plutôt que de soumettre ses chansons à une séance d’habillage en les essayant dans différentes versions, elle a privilégié l’instantanéité, l’esprit premier.

À travers l’album, elle continue de casser les codes. Au lingala parlé dans la capitale et par nombre de ses compatriotes, elle a préféré le ngbandi de ses origines, mais montre aussi toute son aisance à écrire en français dans Sur le pavé, racontant à la première personne l’histoire d’un enfant de huit ans livré à lui-même.

Et quand elle partage le micro d’un côté avec l’illustre Youssoupha (Départ), de l’autre elle invite une amie proche, sans lien avéré avec le monde de la musique (Rain). La démarche, singulière, reflète les aspirations de la chanteuse : ne rien se refuser a priori, rester au plus près de ses émotions. Pour mieux les transmettre et réduire la distance.

Céline Banza Praefatio (Bomayé Musik) 2021
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Par : Bertrand Lavaine