Alostmen, à la gloire du kologo

Aventure 100% africaine qui lit un groupe ghanéen et un label mauricien, Alostmen renoue avec la démarche novatrice des groupes tradi-modernes des années 1970-1980. Kologo, son premier album paru en 2017 sur le continent premier, connait enfin une diffusion physique internationale, via le label anglais Strut Records.

Comme souvent en musique, c’est une rencontre qui initie, donne vie à ce projet, celle d’un gamin des rues, Stevo Atambire et du musicien et producteur Wanlov The Kubolor en 2007. « J’arpentais Accra en cherchant de quoi survivre, relate Stevo. À la fin de la nuit, je revenais dans le quartier de Tip Toe Lane où mes sœurs faisaient du commerce, l’une y vendait du thé et l’autre des bananes. » C’est là, devant la boutique de Martha où Wanlov venait acheter des bananes qu’ils se sont croisés la première fois, sans se parler. « Après son départ, Martha m’a glissé qu’il était musicien – ce que j’ai eu du mal à croire – et qu’il avait travaillé avec King Ayisoba », se souvient Stevo Atambire.

King Ayisoba est un musicien connu et reconnu comme un des ambassadeurs du kologo. Il a contribué avec d’autres (Atongo Zimba, Captain Yaaba…) à populariser ce luth à deux cordes au-delà de la région de Bolgatanga, son creuset naturel au nord-est du Ghana, où cet instrument est historiquement très joué et apprécié, et à séduire les oreilles des amateurs de musiques africaines en Occident. « Une autre fois, alors que j’avais mon kologo avec moi, nous avons jammé ensemble sur plein de rythmes différents », raconte Stevo qui est reparti avec quelques pièces en poche – une première pour lui – et le fil d’une histoire à tisser.

Afro Gypsy Band

Leur relation évolue de simples rendez-vous amicaux en véritables séances de travail. Lors de ces répétitions les rejoignent des amis musiciens de Wanlov. Ce combo clairement cosmopolite, puisque composé de musiciens ghanéens, italiens et français, deviendra l’Afro Gypsy Band, après que le producteur Mauricien Percy Yip Tong (Cyper Produktion) ait convaincu Wanlov lors d’une rencontre à Babel Med Music (Marseille) de mener à bout son projet de fusion musicale calquée sur ses origines : à savoir roumain par sa mère, ghanéen de l’ethnie Akan par son père.

Naturellement, Percy Yip Tong accompagne le développement du projet à l’international. C’est lors de la première tournée en 2011 qu’il fait la rencontre de Stevo et de son kologo. Immédiatement séduit par la puissance des rythmes trépidants et les sonorités chargées de sens du kologo, il finira par proposer quelques années plus tard à Stevo de produire un premier album, travaillé en studio par Wanlov The Kubulor.

Alostmen

« J’ai enregistré certaines des pistes dans une chambre à Kampala en Ouganda, d’autres dans la maison de Stevo dans un village au nord-est du Ghana et d’autres encore, comme les musiciens ghanéens du projet (Aminu Amadu, Abednego Sowah Ako et Joseph Ajusiwine) qui accompagnent aujourd’hui encore Stevo, l’ont été à Kaneshi, à Accra où je vis », confie Wanlov qui travaille avec un matériel rudimentaire : un enregistreur digital Zoom H4N à 2 canaux qu’il utilise avec une carte son synchronisée à son ordi, un micro à condensateur pour les instruments et les sons et un micro SM58.

« C’est un truc que j’ai appris auprès de Panji, l’homme aux manettes sur les enregistrements de King Ayisoba. Il capte le son percutant et dynamique de l’instrument et j’ai parfois utilisé deux micros en même temps pour obtenir un son plus gros, complète-t-il. Pareil pour Gyedu Blay Ambolley – le légendaire musicien ghanéen, inventeur du Simigwa (un genre proche du highlife, ndlr). Sinon, on a profité du séjour au Ghana de l’artiste allemand Francis Norman qui a déjà travaillé avec Rihanna pour l’enregistrer. Il nous a aussi fait quelques prises supplémentaires qu’il nous a envoyées. Quant au guitariste russe de jazz, German Mamaev, la rencontre s’est faite au Nyege Nyege Festival (Ouganda). Il a entendu Stevo jouer de son kologo dans la chambre voisine de celle où il logeait. Il a fait irruption sans frapper et s’est exclamé : J’adore ça ! Il avait sa guitare, je ne pouvais pas dire non. Nous sommes amis depuis. La plupart des chanteurs invités comme Medikal, Eli Muzik et Villy ont tous été enregistrés dans ma chambre à North Kaneshi, Accra. »

Strut Records

L’album sort une première fois en 2017, au Ghana sur la structure du Mauricien et à travers le monde en distribution digitale uniquement, via Akwaaba Music. « C’est une production sud-sud, entre des artistes ghanéens et un label, un management mauricien, se réjouit-il. C’est une fierté pour moi. Et j’en suis d’autant plus fier que nous sommes arrivés à ce qu’il soit signé quelques années plus tard par le label Strut Records. C’est une belle reconnaissance du travail de toute une équipe. »

Pour Quinton Scott, l’un des créateurs du label anglais, qui a décidé de faire reprendre le mix des titres par des producteurs maison, au risque parfois d’atténuer la foisonnante puissance des originaux « c’est la dimension tradi-moderne du projet qui nous a intéressé ». Pour Wanlov, il ne voit aucun problème à ce refaçonnage : « J’ai fait ces mixes originaux il y a longtemps et j’ai appris depuis à maximiser mon mixage pour garder le son le plus naturel possible avec l’énergie que je veux ressentir. En cela, le confinement a été bénéfique. »

Alostmen Kologo (Strut) 2021

Par : Squaaly