La République tchèque mise sur dépistage précoce des troubles du spectre de l’autisme Magdalena Hrozínková

Chaque année, la République tchèque enregistre près d’un millier de nouveaux cas d’autisme chez les enfants. Soutenu par de nombreux experts, ainsi que par la principale caisse d’assurance maladie dans le pays, la VZP, le Centre tchèque de thérapie de l’autisme, a mis en place un dépistage des troubles du spectre d’autisme (TSA). Désormais obligatoire pour les pédiatres, ce dépistage permettra de tester les enfants dès l’âge de dix-huit mois.

En République tchèque, comme dans autres pays développés, le taux de prévalence des troubles du spectre d’autisme (soit le chiffre qui exprime la fréquence avec laquelle le trouble apparaît) avoisine 1%. On peut supposer qu’il est même supérieur, les données statistiques précises faisant défaut. Plusieurs associations apportent leur assistance aux enfants atteints de ce trouble développemental et à leurs parents. Parmi elles, le Centre de thérapie de l’autisme fondé et dirigé par Romana Straussová. Actif dans plusieurs villes tchèques et axé, entre autres, sur la formation des pédiatres, psychologues et psychiatres, le Centre a mis en place un projet de diagnostic précoce chez les bébés de dix-huit mois. Jusqu’à présent, le trouble n’était diagnostiqué chez de nombreux enfants que plus tard. Romana Straussová explique :

« Lorsque l’enfant a entre dix-huit et vingt mois, il est déjà possible de détecter les troubles du spectre autiste, mais les symptômes sont encore difficiles à observer. Seul un spécialiste peut les identifier. Ce qui est important, c’est que ces légères anomalies du développement ne s’améliorent pas avec le temps, comme on pourrait s’y attendre. Bien au contraire, les troubles s’aggravent progressivement. C’est pour cela qu’il est important de commencer la thérapie le plus tôt possible. Dans ce cas, il est possible de favoriser un développement sain de l’enfant. Mes propres études à ce sujet, ainsi que des recherches effectuées à l’étranger, ont des résultats très prometteurs. »

Les pédiatres tchèques sont appelés à effectuer le dépistage à l’aide de la Modified Checklist for Autism in Toddlers (M-CHAT), un test composé de vingt questions élaboré par la professeure américaine Diana L. Robins. Parallèlement, un questionnaire est mis à disposition des parents, chez les médecins comme sur Internet. Romana Straussová :

« Il y a plusieurs facteurs que les parents devraient suivre chez les enfants. Il faut d’abord se demander si l’enfant possède la capacité d’attention divisée. Cela ne signifie pas que l’enfant nous regarde dans les yeux. Mais lorsqu’il nous montre un objet qui l’intéresse, il doit en même temps regarder cet objet et s’adresser à nous. Un enfant qui présente un trouble du spectre autiste ne réagit pas lorsqu’on l’appelle par son prénom. Lorsqu’on le promène en poussette, il ne regarde pas les objets, les gens et les animaux que nous lui montrons. Une chose encore : un enfant autiste ne prend pas ses jouets pour des symboles, mais pour de simples objets. Il ne s’occupera pas de sa poupée comme d’un bébé, il ne fera pas semblant de téléphoner en tenant un bâton. »

Effectué à plusieurs reprises chez des enfants susceptibles de présenter un trouble du spectre autiste, ce test figure parmi les nombreux outils de dépistage utilisés par les professionnels dans plusieurs pays. Parmi eux, la République tchèque représente une exception, comme l’explique Romana Straussová :

« Cet outil de dépistage que nous utilisons en Tchéquie est appliqué en Espagne, aux Etats-Unis ou en Australie. Mais dans ces pays comme ailleurs, les visites médicales préventives chez les pédiatres à des périodes précises ne sont pas obligatoires, comme c’est le cas en République tchèque. Notre système des soins préventifs apportés aux enfants est unique au monde. Par conséquent, le diagnostic précoce de l’autisme est ici effectué à grande échelle, ce qui est très important. »

Plusieurs ONG tchèques prennent en charge les familles d’enfants autistes. Dans certaines d’entre-elles et notamment au Centre de thérapie de l’autisme, les enfants sont soignés à l’aide de la méthode Open Therapy of Autism (OTA), une thérapie mise au point par Romana Straussová.

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