Pakistan: l’Église s’engage à planter un million d’arbres.

L’Église catholique a lancé un nouvelle campagne triennale 2020-2022 afin de reboiser le territoire.

Le million d’arbres plantés au cours des trois dernières années constitue un résultat encourageant, dans un pays particulièrement exposé aux effets dévastateurs du changement climatique. Mais l’Église catholique au Pakistan ne s’en contente pas, et elle a lancé une nouvelle campagne pour la période de trois ans 2020-2022, qui vise à atteindre l’objectif ambitieux de planter un deuxième million d’arbres.

La plantation du premier arbre dans le cadre de cette campagne, effectuée symboliquement par le cardinal Joseph Coutts, archevêque de Karachi, a une valeur hautement symbolique: d’une part, elle veut exprimer l’engagement de la communauté catholique au Pakistan dans la sensibilisation aux effets du changement climatique et à l’urgence d’adopter un style de vie respectueux de la création, dans la filiation de Laudato Si’ ; d’autre part, elle est une puissante aspiration à la paix et à la réconciliation, en apportant une contribution pour faire du Pakistan, nation blessée par la violence, une terre où «on respire la paix et l’harmonie».

L’olivier, un symbole de paix

Ce n’est pas pour rien que dans de nombreux cas les nouvelles plantes sont des oliviers et souvent, lors des cérémonies organisées dans les écoles, les universités publiques, les mosquées et les écoles islamiques, l’olivier est l’arbre préféré. Le père Francis Nadeem, Secrétaire exécutif de la Commission épiscopale pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, explique à L’Osservatore Romano que l’olivier, mentionné tant dans la Bible que dans le Coran, «renvoie au sens de la paix, de la sagesse, de la gloire, de la fertilité, de la force et de la pureté, et veut donc encourager la culture de la paix, de la compréhension et de l’harmonie entre les religions au Pakistan, en particulier entre les musulmans et les chrétiens».

L’arbre a été choisi par les chrétiens et les musulmans comme symbole pour indiquer leur engagement commun à construire la paix sociale et religieuse dans la nation, et la campagne de plantation d’oliviers se poursuit dans les écoles, les églises, les mosquées, les madrassas, les séminaires, les institutions chrétiennes et musulmanes, afin que «les étudiants chrétiens et musulmans apprennent à devenir des êtres humains qui aiment et construisent la paix. La campagne de plantation d’arbres lancée par Caritas Pakistan s’inscrit dans le cadre de l’Année internationale de la santé des plantes, proclamée par les Nations Unies en 2020 pour sensibiliser à l’importance de la santé de la nature, afin de s’attaquer efficacement aux problèmes mondiaux tels que la faim, la pauvreté, le développement économique».

«La philosophie qui sous-tend cette initiative est de former les gens non seulement à planter des arbres, mais aussi à en prendre soin», explique Amjad Gulzar, Directeur exécutif de Caritas Pakistan. «C’est pourquoi la campagne adopte une perspective transversale et intègre plusieurs projets Caritas existants, notamment ceux qui concernent la sécurité alimentaire, la réduction des risques de catastrophe et l’agriculture durable.»

Lutter contre les ravages du “smog”

L’Église pakistanaise a choisi de s’engager en constatant sur le territoire des situations comme celle de Lahore, «autrefois appelée la ville des jardins, aujourd’hui dépourvue d’espaces verts remplacés par des projets de développement et de cimenterie». Dans ce sens – note Caritas Pakistan – la campagne «n’a pas de barrières confessionnelles mais concerne et profite à la nation entière. Dans la province du Pendjab, qui est le cœur économique du Pakistan, les experts observent une augmentation constante du smog pendant la saison hivernale, avec des dommages également pour la santé humaine, et ont souligné à plusieurs reprises le besoin urgent d’améliorer la qualité de l’air».

En raison des inondations annuelles, le Pakistan est très vulnérable aux changements climatiques. Une autre urgence environnementale concerne l’eau, avec des terres agricoles éprouvées par la sécheresse. Sur ces questions, la Caritas locale a organisé des réunions de sensibilisation dans les paroisses et les communautés catholiques, en insistant sur l’autonomisation personnelle et en réitérant la question que chacun doit se poser : «Que puis-je faire moi-même ?»

Cette initiative offre aux chrétiens la possibilité de créer des réseaux plus solides avec les ministères, les établissements d’enseignement, les commissions d’Église, les ministères, les dirigeants et les membres d’autres communautés religieuses.

Le Pakistan, un pays particulièrement dégradé

Des décennies de campagnes de déforestation et de catastrophes naturelles ont considérablement réduit les forêts du Pakistan, qui couvrent désormais entre 2 et 5% du territoire du pays, soit bien moins que les 12% recommandés par les Nations Unies. Dans cette situation, le Parlement a approuvé en 2017 la loi sur le changement climatique, qui a fait entrer le Pakistan dans le groupe restreint des pays dotés d’une législation spécifique basée sur les engagements pris lors de la Conférence des Nations Unies à Paris en 2015. La loi a créé un Conseil spécifique sur les changements climatiques et un Fonds spécial pour les changements climatiques afin de gérer les ressources et les mesures nécessaires pour répondre aux effets des changements climatiques au Pakistan.

L’Église catholique s’est engagée sur cette voie, en offrant sa contribution, surtout en tenant compte de la vulnérabilité des couches les plus pauvres de la population, soumises aux conséquences des changements climatiques rapides.  D’autres épiscopats pourraient s’inspirer de cette démarche, qui suscite notamment un vif intérêt au Kazakhstan, pays lui aussi menacé par l’aridité.

(L’Osservatore Romano)