Les oubliés de la discrimination systémique

La consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques commence sur les chapeaux de roues, à Montréal. Des voix s’élèvent pour se plaindre que plusieurs motifs de discrimination, comme le handicap ou l’orientation sexuelle, risquent fort d’être occultés au cours des prochains mois.

« Je pense que je n’ai pas la bonne couleur de peau », fulmine Linda Gauthier.

La directrice générale du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ) en a gros sur le cœur. Elle a le sentiment qu’encore une fois, les personnes à mobilité réduite ont été laissées pour compte.

« On est quand même hautement discriminés nous aussi », soupire-t-elle.

Mme Gauthier s’avance au micro. Nous sommes mercredi soir, et les travaux de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) viennent tout juste de commencer. Son intervention jette un froid sur la salle.

Comme toute réponse, une représentante de la Ville de Montréal confirme que les motifs de discrimination interdits par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec tels que le sexe, le handicap, l’âge, l’orientation sexuelle ou la condition sociale « ne seront considérés que s’ils se cumulent ou s’ils s’ajoutent à la notion de racisme », un concept appelé « intersectionnalité ».

Assis à l’autre bout de la table, Balarama Holness intervient. Cet ancien joueur de football, qui a aussi tenté de se faire élire pour Projet Montréal aux dernières élections, est l’un des instigateurs de la pétition qui a forcé la Ville à décréter une consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques. Et sa conception du mandat confié à l’OCPM diffère totalement de celle de l’administration.

Son groupe, Montréal en action, a déposé une plainte à l’Ombudsman de Montréal pour dire que la documentation fournie par la Ville de Montréal est « inadéquate », dit-il. Selon lui, la Direction de la diversité sociale n’a ni le droit ni le pouvoir de restreindre les sujets qui seront abordés pendant les travaux de l’OCPM.

M. Holness rappelle que la première version de sa pétition, qui comptait 400 mots, abordait d’emblée l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui interdit toutes les formes de discriminations, y compris celles fondées sur les déficiences physiques.

Le problème, c’est que cette nuance semble avoir été abandonnée lorsque le greffier de la Ville de Montréal a accepté le projet de pétition. Dans un document soumis au comité exécutif le 11 avril 2018, le Service du greffe écrit que « le projet de pétition a été jugé recevable sous réserve d’une description plus succincte de l’objet de la consultation demandée ».

Une fois revu, le projet de pétition ne comptait plus qu’une trentaine de mots. Tout au plus y réclamait-on « la tenue d’une consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques ».

En entrevue, la présidente de l’OCPM, Dominique Olivier, a confié que les personnes à mobilité réduite n’étaient pas les seules à avoir manifesté leur mécontentement, évoquant par exemple les communautés LGBTQ+.

Elle a toutefois assuré que tous les motifs reconnus par la Charte des droits et libertés de la personne pourront être abordés dans les prochains mois.


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