Bébé né avec une malformation passée inaperçue : les échographies sont-elles fiables ?

MISE AU POINT – Une femme ayant accouché d’un enfant dont la malformation n’avait pas été décelée lors des échographies a annoncé son intention d’attaquer en justice son gynécologue et sa clinique. Nous avons demandé au secrétaire général du Collège national de gynécologie obstétrique dans quelle mesure les examens échographiques étaient fiables.

Les médecins qui la suivaient lui assuraient que tout allait bien. Pourtant, lorsqu’elle a accouché en novembre 2016, cette femme, âgée de 26 ans à l’époque, a découvert que son bébé n’avait ni main droite ni avant-bras droit. Mardi 18 septembre, Michaël Drahi, son avocat, a annoncé qu’elle allait attaquer en justice son gynécologue et la clinique qui la prenait en charge, à Vitrolles, près de Marseille. « Dans les comptes rendus échographiques des 1er et 2e trimestres, réalisés par le même médecin, il était écrit que les quatre membres étaient visibles dans leur intégralité », assure l’avocat à l’AFP. 

Une échographie est-elle alors vraiment fiable ? Nous avons posé la question à Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national de gynécologie obstétrique.

L’échographie permet-elle vraiment de tout voir ?

Philippe Deruelle : La situation de cette femme est somme toute relativement rare. A la fois parce que le taux de malformations est bas – moins de 5% – et parce que nous pouvons détecter, à l’aide des échographies, environ 70% de ces malformations. Evidemment, tout ne peut pas être vu. Si l’anatomie du cerveau est normale, il peut, par exemple, être compliqué de détecter un retard mental. Les malformations du cœur peuvent également être très difficiles à repérer. Lorsque le terme est très avancé, nous voyons également évidemment beaucoup moins bien l’ensemble des éléments du bébé.

Parfois, et même si cela est très rare, un membre peut aussi tomber entre deux échographies. Il s’agit de la « maladie des brides amniotiques ». On ne sait pas bien ce que c’est. Ce sont des espèces de bouts de membranes, qui vont se mettre dans la cavité amniotique et un membre peut se coincer dedans. On peut de la sorte perdre un doigt qui se nécrose et qui tombe. Généralement, c’est plutôt quelque chose qui survient au premier ou au début du deuxième trimestre de la grossesse. 

A l’heure actuelle, et même si la qualité progresse, l’examen échographique montre aussi ses limites techniques. C’est un examen en deux dimensions dans un espace tridimensionnel. Cela m’est déjà arrivé de penser que je passais d’un bras à l’autre alors, qu’en réalité, j’étais en train de regarder le même bras. Nous sommes donc tenus, selon la loi, d’informer les patients que nous pouvons passer à côté d’une malformation. Une lettre d’information doit leur être remise.

Y a-t-il d’autres alternatives plus performantes pour repérer des anomalies ?

Philippe Deruelle : Nous disposons de l’IRM, mais c’est un examen qui est réalisé en deuxième intention, après que l’échographie a plus ou moins permis le dépistage. Si nous n’avons pas vu le bras par exemple, il faut d’abord effectuer un nouveau contrôle grâce à une autre échographie. 

Nous pouvons également faire appel à des « échographistes de référence ». Il s’agit de professionnels souvent rattachés à des Centres pluridisciplinaires de diagnostics prénatals (CPDPN) et qui font énormément d’échographies. Donc si j’ai un doute et que j’ai besoin d’un avis, je vais m’adresser à quelqu’un qui a un niveau échographique supérieur au mien. Si jamais cela n’est pas suffisant, il y a donc l’option de l’IRM, performante pour observer le cerveau ou les poumons, mais moins pour le cœur.

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