Monde Modifié à 16:54 La publicité sexiste reste « créatrice d’inégalités entre les genres.

La publicité continue à véhiculer de nombreux messages sexistes. En Suisse, l’organe de surveillance publicitaire (CSL) a annoncé que 40% des plaintes en 2018 concernaient des pubs sexistes. Explications avec Christelle Delarue, fondatrice d’une agence de pub féministe.

Si au niveau mondial, les femmes représentent 85% du pouvoir d’achat, les hommes continuent à truster, dans 82% des cas, les rôles d’experts et de spécialistes dans la publicité.

Christelle Delarue explique dans l’émission Forum que depuis « l’avènement de la libération de la parole des femmes et le mouvement #metoo », il s’agit désormais de « penser un autre modèle, économique et social, où les femmes peuvent avoir une place, des choix et des libertés plus grandes ».

Pour la publicitaire, qui a monté son agence il y a sept ans, il n’existe pas « meilleure articulation que le féminisme pour parvenir à l’égalité des droits entre les femmes et les hommes ».

La publicité sexiste, créatrice d’inégalités

Pour elle, la publicité est sexiste au moment où « elle est dépréciative pour les hommes comme pour les femmes et qu’elle se loge dans leur sexualité et leur genre sexué ».

« La publicité crée un imaginaire populaire et elle peut aussi être rapprochée à de la culture populaire (…) malheureusement, quand elle est mal faite, et lorsqu’elle place les femmes en objets et les hommes en experts, elle crée des inégalités (…) des inégalités criantes sur leurs représentations (…) ce qui crée ensuite un imaginaire collectif où les femmes sont davantage dans des rôles discriminés, genrés ou encore dépréciés », ajoute-t-elle.

Certaines améliorations perceptibles

Questionnée pour savoir s’il n’y avait quand même pas eu, au cours de ces dernières années, certains progrès, Christelle Delarue confirme: « Il y a, particulièrement aux Etats-Unis, de grands groupes américains qui sont engagés dans des politiques concernant les genres (…) Il existe énormément de théories sur le gender equality (égalité des genres) et le gender balance (l’équilibre des genres). Certains groupes sont engagés depuis 25 ans alors que d’autres, comme les marques de protection hygiénique, ont fait tomber le tabou des règles, il y a 18 mois (…) C’était très rare,  il y a quelques mois, lorsqu’on voyait pour la première fois le sang rouge de nos règles et pas bleu, à la télévision. »

Réseaux sociaux, armes des citoyennes

Enfin, pour la publicitaire, le rapport de force est en train de changer, grâce à l’aide des réseaux sociaux: « Ce qui change, c’est que les citoyennes s’emparent des réseaux sociaux (…). Avant, la publicité sexiste énervait tout le monde mais personne ne pouvait s’opposer au système ».

« Maintenant, quand on voit qu’il y a énormément de consommatrices qui ne veulent plus être représentées de cette manière-là et qu’en un tweet, on peut déprécier les finances d’une entreprise, il devient urgent pour les publicitaires de se demander à qui ils vendent leurs produits », estime-t-elle.

Pour Christelle Delarue, un « rééquilibrage » est à faire tout autant sur « l’image externe des entreprises que dans des politiques internes qui favoriseraient l’égalité des chances, des opportunités, des droits et des salaires, pour les femmes et les hommes qui accompagnent les entreprises ».

Propos recueillis par Esther Coquoz

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*